Le 25 Mai 2025, le conseil d’administration du groupe BGFIBank votait en faveur de l’introduction en bourse de la holding faitière du groupe : BGFI Holding Corporation (B.H.C).
Le 11 Novembre 2025, B.H.C présentait une offre publique de vente de 1.573. 536 actions ordinaires, au prix de souscription de 80.000 XAF dont 10.000 XAF de valeur nominale et 70.000 XAF de prime d’émission, portant la capitalisation globale de BHC à 1.258.880 millions XAF incluant un flottant de 10% soit 125.888. 800.000 XAF.
Initialement prévue pour s’achever au 24 Décembre 2025, la période de souscription a du être prolongée au 7 Février 2026.
Cette prolongation devait permettre (1) d’élargir l’accès à l’opération à un plus grand nombre d’investisseurs ; (2) répondre aux sollicitations exprimées par le marché; (3) et, permettre aux investisseurs de bénéficier d’un temps additionnel pour réunir les moyens financiers requis.
Le 2 mars dernier, BGFI Holding Corporation, annonçait la clôture de la période de souscription de son introduction en bourse (IPO) à la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC). Au final l’opération aura permis de lever 45,3 milliards de francs CFA sur les 125,8 milliards projetés, soit à peine 36% de l’objectif initial. L’opération a mobilisé 7601 souscripteurs, dont plus de 71 % de particuliers. Or, selon le document d’information de l’IPO, le nombre d’actions alloué aux personnes physiques et morales représentait 23% du nombre total d’actions ordinaires mis en vente alors que 2% des titres était réservé aux personnels du groupe (pp. 42-43). Il apparait donc évident que les investisseurs institutionnels, à qui 75% des titres étaient alloués, ont massivement boudé cette offre publique de vente.
Si Henri Clause OYIMA, le patron du groupe BGFI Bank s’est réjoui du succès de ce qu’il qualifie désormais de première tranche de l’introduction en bourse, on doit donc constater que cet IPO n’a pas rempli les objectifs de son émetteur et essayer de comprendre les raisons de cet échec.
Une opération contestée, puis retardée
Au 31 Décembre 2024, l’actionnariat du holding se composait comme suit : Groupe Carlo Tessara (9%), NAHOR Capital (9%), Delta Synergie (10%), Investisseurs privés (27%), Institutionnels Privés (22%), Sogafric/Groupe KOMO (13%) Personnel Groupe BGFI (10%).
Après la publication du rapport annuel 2024 et l’affectation du résultat dudit exercice, le groupe a procédé à un split (division du nominal). Ainsi, la valeur nominale de l’action ordinaire a été divisée par 9, la ramenant de 90.000 à 10.000 XAF. En rapportant le résultat net de 2024 au nombre d’actions ordinaires post-split, le bénéfice par action pro-forma de l’exercice ressortait à 1.462 XAF par action contre 12.500 XAF mis en distribution avant le split.
La double décision de l’introduction en bourse et du split a provoqué la levée de boucliers d’un groupe des actionnaires historiques, qui ont saisi la justice pour contester l’augmentation du capital, retardant de fait l’introduction en bourse.
Le 19 septembre 2025, le Tribunal de Commerce de Libreville rendait une décision exécutoire, déboutant les requérants de toutes leurs demandes et validant les résolutions de l’assemblée générale, qui approuvaient l’augmentation du capital social.
Le retard pris a eu pour conséquence d’inscrire cette introduction en bourse au calendrier du dernier trimestre à des conditions de marché peu favorables. La baisse sensible (à 59%) du taux de souscription des titres publics du Cameroun en Décembre 2025 reflétait le niveau faible de liquidité du marché.
La hausse des taux directeurs (T.I.A.O) de la BEAC
Le 15 Décembre 2025, le comité de politique monétaire de la BEAC, institut d’émission de la zone U.M.A.C (CEMAC), relevait son taux directeur (taux d’intérêt des appels d’offre) de 4,5% à 4,75%, le taux de la facilité de prêt marginal de 6% à 6,25% tout en maintenant les coefficients de réserves obligatoires à respectivement 7% (dépôts à vue) et 4,5% (à terme).
Le relèvement des taux directeurs induit celui des rendements des obligations du trésor. Or, c’est l’addition du taux de rendement des obligations d’Etat à long terme et de la prime de risque du marché qui détermine le calcul du taux d’actualisation des cashflows libres de l’émetteur et donc le calcul de la valeur intrinsèque de l’action. Par ailleurs, le cout de refinancement est corrélé au taux interbancaire (spread : +50-60 points de base) et affecte le produit net bancaire de tout établissement de crédit.
Une valorisation excessive ?
Pour son appréciation du prix de souscription, l’émetteur a opté pour une valorisation fondée sur le multiple du bénéfice net (Price Earnings Ratio ou PER) sur des acquisitions récentes d’établissement de crédit ou le PER de filiales bancaires cotées à la bourse des valeurs de l’UMOA (BRVM). Or, le document d’information cite le bénéfice net du groupe BGFIBank plutôt que celui de B.H.C, son holding faitier (pp 45-46).
Au prix de souscription de 80.000 XAF, le PER (Price Earnings Ratio) ressort à 29,5x sur la base du bénéfice par action projeté en 2026. Sur la base d’’une projection de fonds propres de 2026, Le Price-to-book ratio (PBR) qui rapporte les capitaux propres à la capitalisation boursière ressort à 3,3x.
Si l’émetteur appliquait l’intervalle de PER retenu (10x-13x) dans son document d’information (au bénéfice net par action de BHC projeté en 2026, le prix de souscription aurait été fixé entre 27.000 et 35.000.
De même, en multipliant les capitaux propres projetés pour 2026 (381.490 millions XAF) par le PBR sectoriel (1,8x) relevé sur la BRVM, la capitalisation boursière ressortirait à 686.682 millions XAF et le cours d’introduction effectif (fair price) à 43.639 XAF au lieu de 80.000 XAF.
Cet écart est probablement la raison pour laquelle l’introduction n’a pas suscité l’enthousiasme des investisseurs institutionnels.
Enfin, sur la base des mêmes projections et au prix de souscription proposé, le rendement du dividende projeté ressort à 2,36% (proj. 2026).
Un marché financier peu profond !
Le titre B.H.C sera coté sur la bourse des valeurs d’Afrique Centrale, dont Henri-Claude OYIMA, ci devant PDG du groupe BGFIBank, préside le conseil d’administration. A 480 milliards XAF, le compartiment actions de la BVMAC représente à peine 3% de la capitalisation globale de la BRVM, sa sœur de la zone UEMOA. Elle souffre depuis sa tendre enfance d’un déficit de liquidité – capacité à satisfaire les ordres de vente – qui la rend peu attractive. Et si l’indice composite BVMAC ASI a progressé de 13% en 2025, franchissant le seuil de 1000 points, la valeur des transactions a reculé de 20%. Et en termes de valeur de transactions, quand les valeurs industrielles menaient la course à la tête, les valeurs bancaires (BANGE et REGIONALE) finissaient en queue de peloton. Ces deux valeurs affichent un cours supérieur à 40.000XAF et un PER au-dessus de 30x. Le titre REGIONALE n’a pas enregistré de transaction depuis le dernier trimestre 2024
Avec 1 441 milliards XAF d’actifs à fin 2025, les sociétés de gestion apparaissent comme les principaux investisseurs institutionnels de la place. L‘impératif de prudence les incite à privilégier le compartiment obligataire ou le marché monétaire (bons du trésor assimilables), visant un rendement minimum de 6% par an.
Rapporté au prix de souscription offert, le rendement du dividende à 2,36% (2026) que proposait BHC a donc dû leur paraitre peu attractif. Compte tenu du handicap de liquidité de ce marché, seuls les titres proposant un dividende supérieur au coupon moyen des obligations du trésor (6%-6,5%) pourraient susciter leur engouement. A défaut, un taux de croissance à deux chiffres du bénéfice net aurait pu susciter leur intérêt. Or les propres projections de BHC anticipent une croissance annuelle à 8,87% sur la période 2026-2030.
A quand la deuxième tranche ?
N’ayant trouvé preneur que pour un peu plus du tiers de l’offre publique de vente initiale, BGFIBANK envisagerait de renouveler l’exercice prochainement. C’est ainsi qu’il faut interpréter la requalification en ‘première tranche’ de cette introduction en bourse par Henri Claude OYIMA.
Compte tenu de la situation géopolitique mondiale, du risque de taux d’intérêt lié une aggravation de l’érosion des réserves de changes ou l’inflation mondiale provoquée par un choc pétrolier, il serait présomptueux de programmer une nouvelle O.P.V avant 2028.
En revanche, le BGFI Holding Corporation pourrait envisager une émission d’obligation convertible d’une maturité de 5 ans avec un prix d’exercice correspondant au cours d’introduction et un coupon offrant un spread confortable sur celui des obligations du trésor de l’Etat du Cameroun. Une telle offre pourrait lui obtenir les faveurs des gestionnaires d’actifs.
Si l’expérience de la BRVM peut servir, notons que deux titres sur 47 ont un cours supérieur à 40.000 XOF et 34 titres sur 47 ont un cours inférieur à 10.000 XOF. A titre d’illustration, au 5 Mars le titre SGCI – plus grosse capitalisation bancaire du marché – qui se négocie autour de 35.000 XOF, affiche un flottant de 43,35% et le titre Ecobank Transnational (ETIT) se négocie à 32 XOF avec un flottant de 3%. Le titre NSIA banque se négocie à 1.826 XOF pour un flottant de 20%.
Sur sa prochaine offre publique de vente, BGFIBank serait inspirer de procéder au préalable à un split du prix nominal et de porter le flottant au moins 20 % du total des actions ordinaires. Ces mesures pourraient donner au titre un bon profil de liquidité.
L’accueil réserve timide de l’IPO de BGFI Holding Corporation présage d’un accueil tiède de l’introduction en bourse de l’établissement de microfinance RENAPROV.
Olivier DAKAYI
Senior Market Analyst
AVERTISSEMENT
Cette analyse est exclusivement à but didactique. Elle ne constitue pas un conseil en investissement.
